Assurance vie
Assurance-vie versée trop tard : l'assureur reste responsable en cas de retard de la banque
Un bénéficiaire qui attend son capital décès pendant huit mois n'est pas condamné à patienter sans recours. Une récente décision du Médiateur de l'Assurance rappelle qu'un assureur reste responsable des manquements de ses mandataires, qu'il s'agisse d'une banque ou d'un autre intermédiaire. Les intérêts de retard restent dus, même lorsque le retard ne lui est pas directement imputable.
Janvier 2025. Un assuré décède, laissant un contrat d'assurance-vie souscrit en 2010. Son bénéficiaire informe rapidement la banque mandataire de l'assureur et lui transmet ses coordonnées. Pourtant, le capital de 28 000 euros environ ne lui sera versé qu'en septembre suivant, soit huit mois après le décès. Un délai que le bénéficiaire estime anormalement long. Sa réclamation pour intérêts de retard, fondée sur l'article L.132-23-1 du Code des assurances, va aboutir devant le Médiateur de l'Assurance.
Cette affaire, anonyme mais emblématique, illustre une zone grise du droit de l'assurance-vie : que se passe-t-il lorsque l'assureur a délégué une partie des démarches à un intermédiaire bancaire qui tarde à transmettre les pièces au bénéficiaire ? Le Médiateur de l'Assurance répond sans ambiguïté : l'assureur ne peut pas se décharger de sa responsabilité sur son mandataire.
Quinze jours pour réclamer les pièces : ce que dit l'article L.132-23-1
Le cadre légal est précis. Dès que l'assureur a connaissance à la fois du décès de l'assuré et des coordonnées du bénéficiaire, il dispose de quinze jours pour demander à ce dernier les documents nécessaires au paiement du capital. Le législateur a voulu rendre ce délai contraignant : son dépassement déclenche le versement d'intérêts de retard au taux légal, lesquels peuvent ensuite être doublés puis triplés selon l'ancienneté du manquement. L'objectif est dissuasif : éviter que des capitaux ne dorment des mois, voire des années, faute d'avoir été réclamés à temps.
Dans le dossier soumis au Médiateur, l'assureur affirme avoir respecté ce délai. Sa version est précise : il aurait envoyé dès février 2025 une demande de documents à son mandataire bancaire pour qu'elle soit transmise au bénéficiaire. Une fois les pièces reçues à la fin du mois d'août, il aurait procédé au règlement dans les délais réglementaires. À l'en croire, le retard ne lui est pas imputable mais relève de la chaîne de transmission interne entre la banque et le bénéficiaire.
La défense ne convainc pas. Le Médiateur soulève un point central : la charge de la preuve. L'assureur devait démontrer que son mandataire avait effectivement adressé la demande de documents au bénéficiaire dans le délai de quinze jours. Or cette démonstration faisait défaut. Transmettre une instruction interne à sa banque ne suffit pas : il faut établir que la démarche est parvenue au bénéficiaire, et qu'elle est parvenue dans les temps.
L'argument de la chaîne de mandat ne tient pas devant la charge de la preuve
Le raisonnement repose sur un principe classique du droit des contrats : un mandant reste responsable des actes de son mandataire. Lorsqu'un assureur choisit de déléguer la phase de recueil des pièces à un partenaire bancaire, il assume juridiquement les défaillances de cette chaîne. Il ne peut pas opposer au bénéficiaire la complexité de son organisation interne pour échapper à ses obligations légales.
Pour les compagnies d'assurance, le message est opérationnel. Elles doivent suivre activement les démarches réalisées par leurs mandataires et conserver une trace écrite des envois effectués aux bénéficiaires, dans les délais légaux. Un simple email interne entre l'assureur et la banque ne suffit pas à établir la diligence requise par le Code des assurances. Les systèmes d'information et les workflows de gestion des sinistres doivent intégrer cette exigence probatoire.
Pour les bénéficiaires, la décision est rassurante à double titre. D'abord, elle confirme qu'ils disposent d'un recours réel en cas de retard, qu'il provienne directement de l'assureur ou d'un intermédiaire. Ensuite, elle clarifie le point de départ du délai : c'est la transmission effective des coordonnées qui déclenche le compte à rebours des quinze jours, et non un éventuel envoi interne entre l'assureur et son réseau. Les héritiers qui constatent un délai anormal peuvent donc saisir le Médiateur de l'Assurance, gratuitement, en joignant les pièces établissant la chronologie des échanges. Les intérêts de retard, modestes en montant absolu sur un capital de 28 000 euros, prennent ici une valeur de signal : l'assurance-vie reste un placement à transmission rapide, et tout retard injustifié a désormais un coût pour l'établissement défaillant.


